|
Christophe
Grosjean , Décision
Informatique, le 14/03/2007 - Extraits
« Certains analystes voyaient la migration vers la
téléphonie IP comme assez rapide, elle s'est révélée plus lente que prévu.
Pour la vidéosurveillance IP, c'est l'inverse, elle dépasse toutes les
prévisions », résume Sébastien Amiotte, responsable
produits vidéo de l'intégrateur SPIE Communications.
« Les technologies,
notamment de transmission Wi-Fi, sont bien plus performantes aujourd'hui, et les
prix des matériels ont diminué sensiblement au cours de ces dernières années.
Par exemple, pour le stockage numérique, un NAS qui était vendu
8 000 euros il y a trois ans ne coûte plus aujourd'hui que
3 000 euros. »
L'utilisation : priorité à l'enregistrement
« Vous avez beau mettre cent caméras, il n'est pas sûr que
l'opérateur derrière verra ce qui se passe. L'enregistrement est primordial
pour pouvoir ultérieurement lire une plaque, identifier une personne... », confie Vincent Royer. « Un bon enregistrement, c'est
suffisant. Pas de caméras mobiles non plus : elles nécessitent quelqu'un
derrière et c'est un salaire », ajoute Bertrand Papon, directeur
technique de Sapec.
La taille du disque nécessaire pour conserver les enregistrements
varie largement selon les réglages. De plus, certains modèles de
caméras IP optimisent l'enregistrement et la bande passante en n'émettant
des images que lorsqu'une activité est détectée. Disposant de seulement
550 Go, Bertrand Papon peut ainsi conserver ses images pendant quatre
jours et envisage d'augmenter la capacité du disque à 750 Go pour passer à
six : « Lors des grands week-ends, il arrive qu'on ne se rende
compte d'un accident ou d'un problème qu'au bout de trois à quatre jours, mais
au-delà d'une semaine ça ne vaut sans doute plus la peine, raconte-t-il. Si
une séquence doit être conservée, il est toujours possible de
l'archiver. »
La mise en oeuvre : réseau partagé ou dédié
Le temps de mise en oeuvre est assez variable. La problématique
est celle d'une nouvelle application réseau, assez similaire à celle de la
téléphonie IP. Quelques jours ou quelques semaines dans les cas simples,
bien plus s'il faut des développements spécifiques. Une réflexion en amont est
indispensable pour le choix d'implantation des caméras et la manière d'intégrer
le réseau de vidéosurveillance à l'existant.
La pose et le paramétrage des caméras peuvent enfin être
fastidieux et nécessitent à la fois des compétences métier (que faut-il
surveiller ?)... et cinématographiques (choix du champ, prise en compte de
la lumière). Il existe aussi des contraintes légales à respecter.
Le choix du réseau peut se révéler complexe, notamment pour la maîtrise des
flux. Une option simple, quoique plus coûteuse, consiste à mettre en place un
réseau dédié à la
vidéosurveillance. Pour éviter tout engorgement du réseau,
les caméras sont reliées à un commutateur indépendant connecté exclusivement au
serveur d'enregistrement qui communique avec l'extérieur via une seconde
interface. Cette approche présente l'inconvénient de nécessiter un nouveau câblage
complet.
il est plus fréquent de dédier un VLAN à la vidéosurveillance, ce
qui évite les collisions entre paquets vidéo et paquets de données et contribue
à la sécurité en limitant l'accès aux caméras. L’utilisation d'un câble de
catégorie 6 pouvant supporter des débits de plusieurs Mbit/s. Faire passer tous
les flux vidéo ou de données sur un même câble, utilisé même pour
l'alimentation électrique (grâce à des caméras de type Power-over-Ethernet),
évite les surcoûts liés à un câblage spécifique.
Pour les sites très étendus, les progrès en matière de BLR ont été
déterminants dans le choix du système de vidéosurveillance urbaine : « Nous
avons retenu une solution hertzienne à
base d'équipements Alvarion [une adaptation des protocoles WiMAX à la bande
de fréquences des 5 GHz, NDLR] avant tout pour une problématique de
coûts. » Pour les villes, les coûts de câblage sont en effet très
importants (les travaux de génie civil sont estimés à 200 euros par mètre de
tranchée) et nécessitent usuellement d'avoir recours à un opérateur télécoms.
Les gains : la vidéo devient partie intégrante du SI
L'ouverture de la vidéosurveillance vers le système d'information
est bénéfique à différents niveaux. Le partage des infrastructures réseau
facilite l'ajout des caméras, leur déplacement, ou encore leur maintenance à
distance. Elle rend aussi aisée la consultation à distance. Pour une banque,
cela permet, par exemple, de déporter facilement des centres de
télésurveillance et de les unifier entre plusieurs agences.
L'informatique, enfin, apporte « l'intelligence »
aux systèmes de vidéosurveillance. L'analyse des images permet, par exemple, la
détection de chutes d'objets sur la voie ou l'identification de flux de
voyageurs (fonctions réalisées par Open Wide pour la RATP). Souvent on
associera les informations visuelles à celles remontées par différents
capteurs.
Beaucoup de solutions de vidéosurveillance IP actuelles
proposent des fonctions de détecteur de mouvement par analyse d'images. Plus
précise qu'une alarme volumétrique, cette méthode limite la détection à une
zone et/ou à une taille précise. Précisons que ces fonctions sont proposées
soit par le logiciel serveur, soit directement embarquées par la caméra, la
tendance pour les constructeurs consistant à accroître l'intelligence embarquée
des caméras IP pour se démarquer.
Les écueils : sécuriser l'enregistrement
Le système de vidéosurveillance doit être traité comme une
application critique car les procédures de sécurité reposent généralement sur
son mode de fonctionnement. Les caméras actuelles sont très solides et
connaissent très peu de pannes. Le point faible se situe en fait au niveau du
système informatique, en particulier le serveur de stockage.
Un autre écueil se situe en amont, au moment du choix des caméras.
Celles-ci doivent offrir la qualité d'image ou les performances nécessaires au
logiciel utilisé. Inutile d'espérer procéder à des analyses d'images
pertinentes dans le noir, à contre-jour ou sur un fond mobile (plan d'eau,
feuillage), si la caméra n'est pas spécifiquement conçue à cet effet.
Le choix d'implantation des caméras doit donc être réalisé très
tôt et tous les modèles ne se valent pas. Notons qu'il est souvent possible de
réutiliser des caméras analogiques existant dans une infrastructure en les associant
à un encodeur, mais qu'il ne faut pas s'attendre dans ce cas à des fonctions
trop sophistiquées, à moins d'une solution dédiée.
|